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Reprendre un commerce

Clause de non-rétablissement : ce que le cédant ne peut plus faire

La clause de non-rétablissement interdit au vendeur d’un fonds de commerce de rouvrir une activité concurrente près de son ancienne clientèle. Elle figure dans l’acte de cession, avec une durée, une zone et une activité précises. Si elle manque, le vendeur reste tenu par la garantie légale d’éviction. Ce guide explique les conditions de validité, les durées admises, les contournements fréquents et les sanctions. Un cas chiffré montre ce que coûte une violation, et une checklist aide à la rédiger.

Roi blanc d un jeu d echecs en bois au premier plan

À retenir

  • Même sans clause écrite, le vendeur d’un fonds de commerce ne peut pas détourner la clientèle qu’il a vendue.
  • La clause précise l’activité, la durée et la zone interdites, qui doivent rester proportionnées.
  • La Cour de cassation a annulé une clause de dix ans et cent kilomètres ; trois à cinq ans sont courants.
  • Elle s’étend aux sociétés créées par le cédant si elle vise une exploitation « directe ou indirecte ».
  • Une clause pénale évite de prouver le préjudice en cas de violation.

Qu’est-ce que la clause de non-rétablissement ?

C’est la clause d’un acte de cession de fonds de commerce par laquelle le cédant s’interdit, pendant un temps et dans un lieu donnés, d’exploiter une activité concurrente. Elle protège la clientèle, qui forme la plus grande part de la valeur payée par l’acheteur. Les juristes l’appellent aussi clause de non-concurrence du cédant. Elle ne se confond pas avec la clause de non-concurrence d’un salarié ou d’un franchisé. Ces clauses obéissent à d’autres règles : pour le réseau, voyez notre guide sur les avantages et inconvénients de la franchise.

Que se passe-t-il sans clause dans l’acte ?

Le vendeur est tenu de garantir à l’acheteur la possession paisible de ce qu’il vend. Cette garantie d’éviction joue même si le contrat n’en parle pas (article 1626 du Code civil ; Eurojuris). Pour un fonds, elle interdit au vendeur de détourner la clientèle cédée (Biot Avocat ; CAP Transactions).

La Cour de cassation voit dans la clause un simple moyen de préciser cette obligation légale (chambre commerciale, 4 novembre 2020, n° 18-20.409). Elle en fixe les contours, ce qui évite les débats sur ce qui est permis.

Sans clause écriteAvec clause de non-rétablissement
FondementGarantie légale d’éviction (article 1626)Acte de cession et garantie légale
Ce qui est interditDétourner activement la clientèle cédéeToute activité concurrente décrite dans la clause
Preuve à apporterUne manœuvre de détournementLe seul fait d’exploiter dans la zone et la période
DuréePas de durée écrite, appréciée par le jugeDurée fixée par les parties
SanctionDommages-intérêts à prouverCessation, dommages-intérêts, clause pénale possible
Sources : article 1626 du Code civil ; Cour de cassation, chambre commerciale, 4 novembre 2020, n° 18-20.409 ; Biot Avocat ; CAP Transactions ; Weblex.

Le tableau montre l’intérêt d’écrire la clause. Sans elle, le repreneur doit démontrer que le vendeur a détourné sa clientèle, ce qui suppose une manœuvre active (Le Monde du droit, commentaire de l’arrêt du 8 avril 2014).

Quelles sont les conditions de validité de la clause ?

La clause doit être limitée dans le temps, dans l’espace et quant à l’activité visée. Elle doit aussi rester proportionnée aux intérêts légitimes de l’acheteur (Weblex ; Le Mag juridique ; Copeps).

  1. L’activité. La clause cite les activités interdites. Elle ne peut pas interdire toute activité professionnelle, ce qui violerait la liberté d’entreprendre.
  2. La durée. Trois à cinq ans sont les durées habituelles pour un fonds (Weblex ; Biot Avocat ; CAP Transactions). Copeps cite une fourchette de deux à cinq ans.
  3. La zone. Elle correspond à la zone de chalandise réelle du commerce, non à un territoire théorique (Biot Avocat ; Copeps).

Une clause trop vague est interprétée en faveur du vendeur (Weblex). Une clause excessive peut être annulée.

Quelles durées et quelles zones les juges ont-ils admises ?

Aucun barème légal ne fixe de durée. Les décisions montrent la logique de proportion.

DécisionClauseRésultat
Cour de cassation, chambre commerciale, 4 novembre 2020, n° 18-20.409 (vente d’une activité viticole)10 ans, 100 kmNulle, car disproportionnée dans sa durée
Cour d’appel de Nîmes, 10 avril 2026, n° 24/00595 (supérette)3 ans, 2 000 mValable, proportionnée
Sources : Légifrance et Lextenso pour l’arrêt de 2020, Copeps pour la décision de la cour d’appel de Reims dont il est issu ; Cabinet Kohen pour l’arrêt de Nîmes.

Une zone de 100 km peut convenir à un commerce de gros dont la clientèle est régionale. Elle ne convient pas à une boulangerie de quartier. Pour un commerce de proximité, un rayon de quelques kilomètres, voire de quelques centaines de mètres en ville, reflète mieux la clientèle (Cabinet Kohen, arrêt de Nîmes).

Le cédant peut-il contourner la clause avec une autre société ?

Une clause qui interdit seulement au cédant d’exploiter est facile à contourner. Le 9 janvier 2019, la Cour de cassation a tranché (chambre commerciale, n° 17-20.526). Une clause interdisant d’exploiter « directement ou indirectement » s’applique à la société créée par les gérants de la société cédante. Une agence immobilière avait rouvert au même endroit sous une société tierce (Légifrance ; Le Monde du droit ; Weblex).

Rédigez donc la clause pour viser le cédant, ses associés, son conjoint et toute société qu’il contrôle, et précisez « directement ou indirectement, par personne interposée ». La fermeture du fonds cédé ne rend pas la clause caduque : la clientèle peut subsister (Légifrance, arrêt du 9 janvier 2019).

Que risque le cédant qui ne respecte pas la clause ?

L’acheteur peut demander au juge, parfois en référé, de faire cesser l’activité concurrente. Il peut aussi obtenir des dommages-intérêts pour la clientèle perdue (Weblex ; Copeps ; Biot Avocat).

Une clause pénale simplifie la réparation. Elle fixe à l’avance une somme due en cas de violation, ce qui dispense l’acheteur de prouver le montant exact de son préjudice (Biot Avocat). Le juge garde la possibilité de modérer une somme manifestement excessive (article 1231-5 du Code civil).

Que devient la protection quand la clause arrive à son terme ?

Une fois la clause expirée, la garantie légale d’éviction demeure. Le vendeur ne peut toujours pas détourner activement la clientèle qu’il a vendue (Lextenso ; Biot Avocat). Sans clause, la liberté de rouvrir est plus large, mais la ligne reste celle du détournement.

Et pour une cession de titres ?

Si vous achetez les parts d’une société et non son fonds, la règle est plus étroite. D’après un cabinet d’avocats, le vendeur de titres ne peut se rétablir que si l’acheteur peut poursuivre l’activité de la société. Le cabinet cite l’arrêt de la chambre commerciale du 11 mars 2026 (Biot Avocat). Prévoyez une clause écrite dans tous les cas. Notre guide sur la garantie d’actif et de passif complète la protection de l’acheteur.

Cas chiffré : un cédant qui rouvre à un kilomètre

Exemple fictif, à titre d’illustration. Un boulanger vend sa boulangerie 280 000 € à un repreneur. Le fonds réalise 420 000 € de chiffre d’affaires par an. L’acte contient une clause de non-rétablissement de quatre ans dans un rayon de trois kilomètres. Douze mois après la vente, le cédant ouvre une boulangerie à un kilomètre.

HypothèseSans clause pénaleAvec clause pénale de 40 000 €
Baisse de chiffre d’affaires constatée15 %, soit 63 000 € par an15 %, soit 63 000 € par an
Marge brute supposée60 %, soit 37 800 € par anSans objet
Ce que l’acheteur doit démontrerLe lien entre la baisse et la réouverture, mois par moisLa seule violation de la clause
Montant en jeu pour la première année37 800 € à prouver40 000 € dus

Sans clause pénale, le repreneur doit rassembler ses relevés de caisse avant et après la réouverture, et un expert-comptable doit isoler l’effet de la concurrence. Avec elle, la discussion porte sur la violation. Le juge peut cependant réduire une pénalité manifestement excessive. Pour situer le montant de la clause pénale, partez de la valeur du fonds : consultez notre guide d’évaluation d’un fonds de commerce.

Calcul de la rédaction : chiffres supposés ; la marge brute est une hypothèse de travail, non une moyenne du secteur.

Comment rédiger la clause ?

Les cinq points d’une clause solide

  1. Décrire l’activité interdite Nommez le métier exercé, sans viser « toute activité ».
  2. Fixer la durée Trois à cinq ans, justifiés par le rythme de renouvellement de la clientèle.
  3. Tracer la zone Rayon ou liste de communes, selon la zone de chalandise réelle.
  4. Viser les personnes Cédant, associés, proches et sociétés contrôlées, « directement ou indirectement ».
  5. Prévoir la sanction Clause pénale chiffrée et juge compétent en référé.

Source : Cour de cassation, chambre commerciale, 4 novembre 2020, n° 18-20.409 et 9 janvier 2019, n° 17-20.526 ; Weblex ; Biot Avocat.

La clause se négocie avec le prix, dans le compromis puis dans l’acte. Notre guide sur la cession de fonds de commerce détaille ce parcours. Le cédant qui part en retraite accepte plus facilement une clause longue qu’un cédant qui reste dans la ville.

Si vous louez le fonds avant de l’acheter, la logique est différente : voyez la location-gérance. Les droits à payer sur la vente sont chiffrés dans le guide sur la fiscalité de la cession. Un repreneur sans apport a tout intérêt à sécuriser sa clientèle : lisez comment reprendre un commerce sans apport.

Avant de signer l’acte

Point de vigilance

La validité d’une clause dépend du commerce et de sa clientèle. Faites relire la vôtre par l’avocat ou le notaire qui rédige l’acte avant la signature.

Checklist de la clause

  • Identifier l’activité exacte du fonds cédé.
  • Limiter la durée à ce que la clientèle justifie.
  • Tracer la zone d’après la zone de chalandise réelle.
  • Viser « directement ou indirectement » et les sociétés contrôlées par le cédant.
  • Nommer les personnes liées au cédant.
  • Prévoir une clause pénale chiffrée.
  • Vérifier la date de départ de la période.
  • Relire l’acte avec un avocat ou un notaire.

Pour replacer cette clause dans l’ensemble de la reprise, consultez le guide pilier pour reprendre un commerce.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une clause de non-rétablissement ?

Une clause de l’acte de cession qui interdit au vendeur d’exploiter une activité concurrente, pendant une durée et dans une zone fixées.

La clause est-elle obligatoire dans une cession de fonds de commerce ?

Non. Sans clause, la garantie légale d’éviction interdit déjà au vendeur de détourner la clientèle, mais l’écrire évite les débats.

Quelle durée est admise ?

Aucun barème légal. Trois à cinq ans sont courants. La Cour de cassation a annulé dix ans et cent kilomètres en 2020.

Le cédant peut-il rouvrir par une autre société ?

Pas si la clause interdit l’exploitation « directe ou indirecte » : la Cour de cassation l’a appliquée à une société tierce en 2019.

Que risque le cédant en cas de violation ?

Une cessation de l’activité concurrente, des dommages-intérêts et, si l’acte le prévoit, une clause pénale que le juge peut modérer.

Que se passe-t-il après la fin de la clause ?

La garantie légale d’éviction continue de s’appliquer : le vendeur ne peut pas détourner activement la clientèle vendue.

Sources

  1. Code civil, articles 1625, 1626, 1628 et 1231-5 (Légifrance), consultés le 4 novembre 2026.
  2. Cour de cassation, chambre commerciale, 9 janvier 2019, n° 17-20.526 (Légifrance) ; Le Monde du droit, « Cession de commerce : la clause de non-rétablissement étendue à une société tierce » ; Weblex, « Clause de non-rétablissement : illustration pratique de ce qu’il (ne) faut (pas) faire », consultés le 4 novembre 2026.
  3. Cour de cassation, chambre commerciale, 4 novembre 2020, n° 18-20.409 (Légifrance, base Lextenso) ; Actu-Juridique et Petites affiches, « La nullité d’une clause de non-concurrence disproportionnée peut être soulevée par voie d’exception », consultés le 4 novembre 2026.
  4. Copeps, « Clause de non-rétablissement lors de la vente d’un fonds de commerce : cadre, limites et enseignements jurisprudentiels » ; Weblex, fiche « Achat, vente d’un fonds de commerce : la clause de non-concurrence » ; Le Mag juridique, « Cession du fonds de commerce : quelle est l’utilité de la clause de non-concurrence ? », consultés le 4 novembre 2026.
  5. Biot Avocat, « Clause de non-concurrence dans une cession de fonds de commerce ou de titres » ; CAP Transactions, « Cession d’un fonds de commerce : la clause de non-concurrence », consultés le 4 novembre 2026.
  6. Cabinet Kohen Avocats, commentaire des arrêts de la cour d’appel de Nîmes du 10 avril 2026 (n° 24/00595) et de la cour d’appel de Rouen du 2 avril 2026, consulté le 4 novembre 2026.
  7. Eurojuris, « Garantie d’éviction applicable à toutes les ventes » ; Le Monde du droit, « Cession de fonds de commerce : obligation de non-concurrence du vendeur » (arrêt du 8 avril 2014), consultés le 4 novembre 2026.
Mise à jour du

Contenu vérifié et mis à jour le 4 novembre 2026.

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L’auteur

La rédaction de Forum des Commerces écrit des guides pratiques pour celles et ceux qui reprennent, créent ou gèrent un commerce. Chaque guide cite ses sources et indique sa date de dernière vérification.